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#2 PROFESSION : ICONOGRAPHE. Le monde de la photographie comporte une multitude d’actrices et d’acteurs aux professions très variées. Parmi elles, celle d’iconographe. Nous avons discuté de la réalité du métier et de son évolution avec Claudia Zels, directrice photo du magazine Management et ex-présidente de l’ANI (Association nationale des iconographes), fonction qu’elle a occupé pendant six ans*.

Claudia Zels, Responsable photo du magazine Management (Prisma Presse) Photo (c) Ed Alcock / M.Y.O.P. 21/12/2016
Quelles sont, selon vous, les qualités ou compétences indispensables pour un bon iconographe ?

Rester curieux, avoir excellente culture générale, être très organisé. Moi, j’apprécie un bon relationnel – c’est terminé l’icono qui cherche des ektachromes dans des archives poussiéreuses toute la journée… Aujourd’hui, il faut défendre son choix photo, il faut être ouvert d’esprit. Il faut aussi connaître tous les métiers annexes : savoir comment travaille un graphiste ; connaître un peu le métier de photographe… Être implanté dans le monde de la photographie, au moins en France. Bien connaître l’histoire de la photographie, c’est un plus. Il me paraît indispensable de parler un minimum anglais pour pouvoir faire une demande d’images, comprendre les conditions d’utilisation d’une photo, chercher des images dans des bases anglophones, etc.

À quoi sert l’Association nationale des iconographes [ANI] ?

Cette association existe dans deux optiques : un échange entre iconographes et donner de la visibilité au métier. Pour nos membres (actuellement autour de 250), on organise par exemple des visites d’agences ou de fonds photographiques. On a une liste de diffusion interne qui fonctionne comme un forum – par exemple, si je cherche un photographe à Abidjan. Nous proposons aussi des formations. Une de nos membres, compétente sur un domaine, va offrir une formation d’une demi-journée aux autres, un samedi matin, de 10h à 13h, sur une thématique précise : comment travailler pour le web, faire une recherche vidéo, organiser des prods, chercher des images, gérer un budget… On a pas mal de nouveaux adhérents qui n’ont pas eu de formation initiale et on se rend compte qu’il vaut mieux qu’on les forme nous. C’est très apprécié et ce n’est pas cher – autour de 35 euros.

Pour la visibilité du métier, on a une exposition annuelle, à l’école des Gobelins ; on va sur les festivals photo pour faire des lectures de portfolios… Et c’est bien pour nos carnets d’adresse, on découvre souvent des photographes. On a aussi une bourse à l’emploi : pas mal d’employeurs, qui cherchent une icono de remplacement ou pour une mission, nous contactent. L’ANI a été créée en 1997, par Odile Andrieu – à l’époque, elle était directrice photo dans un magazine économique également [elle est aujourd’hui la directrice des Promenades Photographiques de Vendôme, qu’elle a fondées en 2005, ndla], pour toutes les raisons que j’ai données avant, et je pense que c’est toujours justifié d’avoir cet organisme. L’échange, c’est vraiment précieux – je l’entends à presque chaque réunion.

Parmi ces 250 membres, quels sont les types de profils ? J’ai remarqué que c’est une profession très féminine 
[86% des 169 professionnels qui ont répondu ausondage de l’ANI en 2015, ndla].

C’est vrai. On s’est souvent demandé à quoi c’est dû. Nous faisons régulièrement des enquêtes métier, dont les résultats sont en ligne sur notre site. Les graphiques montrent très clairement le profil de nos membres. Je crois qu’il y en a à peu près un quart qui travaille encore dans la presse [38% dans la presse, 11% en agence, selon l’enquête de 2015, ndla]. Il y a beaucoup de freelances qui travaillent dans d’autres secteurs : les institutions, la communication, l’édition, en entreprise… [Selon le sondage de 2015, cela représentait 47% des personnes interrogées.] Un pourcentage d’entre eux [32% en 2015] ont une autre activité : formateur, conférencier, photographe… Malheureusement, je crois aussi qu’on vieillit mal dans le métier.

Le métier semble aussi beaucoup se précariser.

Malheureusement, il faut voir les choses en face : c’est toujours un très beau métier mais il est en déclin. Je m’estime chanceuse : je suis en poste fixe donc je travaille à plein temps en tant qu’iconographe, mais ce n’est plus comme dans les années 80 ou 90, où on trouvait facilement du travail. Il y a toujours des remplacements, pour les hors-série, etc., mais la presse n’est plus l’employeur principal. Les agences photo non plus. On se bat beaucoup, on va d’ailleurs faire une charte avec les tarifs qu’on propose pour nos prestations et pour l’embauche, mais beaucoup d’iconographes ont du mal à imposer ces tarifs. Je crois aussi voir, dans le secteur, une tendance visant à moins de hiérarchie – ils veulent couper les gros salaires, en fait.

ANI AG 2018 © Maryse Pradines
Quel est le salaire moyen, dans la presse par exemple ?

C’est très variable, ça dépend de l’expérience. Une débutante sera embauchée pour 1400€ bruts par mois, et ça peut aller jusqu’à 3000€ environ. En freelance, on essaie de défendre entre 300 et 400€ brut par jour, sur facture. Il y a beaucoup d’employeurs qui trouvent ça exagéré, mais on enlève 50%, avec les charges, et c’est du travail ponctuel.

Les budgets consacrés à la photo ont également beaucoup réduit.

Avec leurs nouvelles formules, les magazines sont faits pour avoir moins de photos : des photos plus grandes, une grande photo au lieu de trois petites photos – pour alléger le budget photo – et on est clairement tenu de le faire. Quand on me demande une recherche de photos « low cost » ou quasi gratuites, je propose toujours quelques photos payantes pour qu’on voit la différence. Parfois, j’ai pu convaincre ma hiérarchie d’acheter. Mais c’est rare ! Aussi, maintenant, je passe peut-être 40% de mon temps à télécharger les images des services de presse, des banques d’images – et ça ne m’enchante pas. J’estime que je suis sur-qualifiée pour ça. Dans mon cas par exemple, on demande de plus en plus aux journalistes de contacter les services de presse pour les photos, du coup, je peux me concentrer sur la production photo et la recherche sur d’autres sources.

On le voit dans certaines rédactions, dans le web par exemple, où il n’y a parfois même pas d’iconographe.

Le web, c’est particulier. Je le vois là où je travaille, chez Prisma Media : il n’y a pas d’iconographe web. Par contre, il y a des gens qui sont embauchés pour créer des diaporamas toute la journée, à partir des sélections que moi, l’iconographe du magazine, fait – soit des photos des services de presse, soit des photos d’agence avec lesquelles j’ai négocié la permission de reprendre sur le web les photos qui sont publiées dans le print. Je pense que ce n’est pas très intéressant de faire ça toute la journée… Ce qui est dommage parce que je sais qu’aux États-Unis par exemple, on produit pour le web. Mais en France, ça n’a pas pris, je ne sais pas pourquoi. Par contre, la plupart des quotidiens en France sont en train de passer à un modèle payant [sur le web], peut-être vont-ils avoir les moyens pour s’y mettre.

Quelles sont les évolutions du métier ?

C’est difficile de vivre de l’iconographie, ça devient un métier de niche. Tous les freelances essaient de coupler leur activité d’iconographe avec autre chose : formateur, commissaire d’exposition, journaliste, graphiste, photographe… C’est dommage parce qu’il y a toujours un énorme besoin en image, c’est souvent sous-estimé le temps que ça coûte de chercher, vérifier les droits… Ça ne se fait avec Google Images. Et surtout quand il faut produire : il faut connaître les prix, ce qui est permis, avoir un carnet d’adresse… Ce qui est de plus en plus porteur, ce sont les entreprises : maintenant, elles créent leur propre structure de communication et il leur faut une base de données avec leurs images, pour répondre aux demandes des clients. Et les entreprises ont encore des budgets pour ça.

*Laetitia Guillemin et Stefana Fraboulet sont les nouvelles co-présidentes depuis le 20 mars 2019

Pour plus d’informations sur l’Association nationale des iconographes, visitez leur site ici.

Pour adhérer à l’ANI, préparez un chèque de 30€ et téléchargez le bulletin d’adhésion .


Marie Fantozzi, journaliste et iconographe freelanceDiplômée en histoire de l’art et journalisme culturel, elle collabore avec différents médias de presse écrite. Elle a notamment écrit pour Trois Couleurs, Polka Magazine ou Vice France, où elle a aussi officié en tant que responsable photo. Elle a un attrait pour les thématiques liées à la création, la lutte contre les inégalités et les angles morts médiatiques.